« 5 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 17-18], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5454, page consultée le 25 janvier 2026.
5 août [1844], lundi matin, 11 h. ¾
Bonjour, mon Toto adoré, bonjour, mon cher bien-aimé, bonjour. Comment vas-tu ce
matin ? Tu n’as pas été mouillé en t’en allant cette nuit, mon cher petit homme ?
Suzanne m’a dit qu’il pleuvait hier au
soir et je crains que tu n’aies reçu de l’eau sur ta chère petite bosse.
Bonjour mon cher adoré, bonjour. Je t’aime mon ravissant petit
Toto. Tu devrais venir travailler à la maison aujourd’hui. Je te verrais de temps
en
temps à travers la porte et cela me comblerait de joie. Je ne te dérangerais pas et
je
serais la plus heureuse des femmes. Penses-y, mon Victor adoré, et tâche d’arranger
ton travail pour cela.
Vois-tu, mon [bon ?] bien-aimé, il faut me
laisser dire encore que je t’aime. Il faut me le laisser dire toujours parce que cela
me fait du bien ; pendant que je t’écris ces deux mots d’amour, il me semble que c’est
toi que je baise et que je caresse. Cette illusion dure tant que j’ai du papier à
gribouiller. C’est pour cela que je ne te dis pas autre chose. Tu peux te dispenser
de
lire tout ce fouillis, mais moi je ne peux pas me dispenser de le faire. C’est un
besoin pour moi, et quand je t’écris par hasard autre chose, c’est que je me suis
fait
violence. Je baise tes quatre petites pattes blanches et puis je t’attends, je te
désire, et je t’adore. Si tu viens bien vite, je serai bien heureuse.
Juliette
« 5 août 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 19-20], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5454, page consultée le 25 janvier 2026.
5 août [1844], lundi soir, 5 h.
Tu tardes trop, mon cher petit bien-aimé. Mon courage et ma patience sont à bout ;
il
ne me reste plus maintenant que l’impatience et le découragement. Je sais bien que
tu
avais à aller à la cérémonie de M. Darcet1.
Mais tu as dû en être quitte de très bonne heure. Pourquoi donc n’es-tu pas venu,
soit
avant soit après la messe ? Je t’aurais vu et la journée m’aurait parua moins longue et moins triste. Vous voyez
bien, Toto, que vous n’êtes pas gentil. Si je pouvais ne plus vous aimer, vous le
mériteriez bien, hein ! Convenez-en ?
Pauvre adoré bien-aimé, tu travailles sans
aucun doute et tu as tes pauvres beaux yeux fatigués. Et j’ose me plaindre, moi qui
ne
suis bonne à rien et qui ne fais rien ! En vérité, je suis bien gentille, je m’en
fais
mon compliment. Pardonne-moi, mon cher adoré, pardonne-moi. Je t’aime jusqu’à la
tyrannie, jusqu’à la stupidité, je t’aime trop. Je m’en veux, je me fais cent
raisonnements par jour pour m’empêcher de te tourmenter et tout cela n’aboutit qu’à
te
dire encore plus fort que je t’aime et que je suis malheureuse de ton absence. Ce
n’est pas de ma faute. Quand tu voudras, je serai la plus heureuse, sinon la plus
aimable des femmes. Je te baiserai, je te caresserai, je te désirerai. Tant pire pour
les beaux rouleaux. Tant pire pour le Toto occupé. Tant pire pour le poète.
Tant pire, tant pire, je veux m’en donner à cœur joie. Baisez-moi.
Juliette
1 Il s’agit de l’enterrement de Jean-Pierre Joseph Darcet, décédé à Paris le 2 août 1844.
a « parue ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
